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Environnement, Pêche et Chasse
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Le grand tétras, emblématique malgré lui…

    Depuis quelques années déjà certaines associations écologistes combattent avec vigueur la chasse au grand tétras en Pyrénées : un combat souvent empreint de malhonnêteté intellectuelle qui dessert le principal intéressé - le grand coq de bruyère. 
    Avant de décrire ces démarches si particulières, un peu d’histoire pour saisir pleinement la situation réelle de ce tétraonidé inféodé aux veilles sapinières d’altitudes. Comment comprendre ,en effet, cette problématique si l’on ignore l'évolution historique de la forêt pyrénéenne ? 
    Depuis le néolithique (il y a plus de 7000 ans) jusqu’à aujourd’hui l’homme n’a eu de cesse d’exploiter les forêts. Les économies étaient basées en partie sur cette ressource naturelle proche et disponible rapidement. Le massif pyrénéen n’échappe pas à cet état de fait, seuls les territoires situés en altitudes ont échappé au début à cette exploitation. A l’époque gallo-romaine ce n’était déjà plus le cas… Les prairies d’altitudes que l’on connaît aujourd’hui sont le fruit de cette restructuration forestière, les hommes ont défriché ces parties hautes de la montagne pour obtenir des pâturages si précieux en été. Avant ces transformations la couverture forestière s’établissait jusqu’aux crêtes, seule la zone de combat limitait l’extension naturelle de la forêt. Paradoxalement ces destructions ont créé un biotope très favorable à plusieurs espèces montagnardes. Ces hautes lisières, entre sapinières et pâturages, sont le berceau d’une flore et d’une faune bien particulières, le grand tétras fait partie de ces espèces qui ont bénéficié du travail de l’homme. Du XVIème au XIXème siècle une poussée continue du défrichement provoqua une conversion accélérée de la forêt en taillis à courte révolution (jusqu’à 0 ans !) pour la production de charbon de bois (Woronoff, 1984). À cette époque les densités de grand tétras ont subi de fortes altérations, pour cause, leur milieu ne correspondait plus à leur biologie exigeante. 
    En 1850 débute un forte déprise agricole du fait de l’exode rural et l’activité de charbonnage cesse au début du XXème siècle. On assiste alors à un vieillissement de la forêt et à un enfrichement par le pin à crochet, le bouleau, le hêtre et le sapin. De plus, une politique publique de gestion sylvicole a conduit au début des années 60 à une forêt souvent âgée possédant une canopée ouverte et aérée: c’est l’âge d’or du grand tétras en Pyrénées. Mais l’oiseau ne profita que peu de temps de cette situation florissante; l’homme, encore lui, vint bouleverser son destin. À partir des années 70 l’exploitation de la forêt s’industrialise et s’oriente vers les veilles futaies. Le développement des voiries en montagne explose, les stations de ski envahissent les massifs, la montagne devient alors une ressource économique essentielle et le grand tétras voit ses effectifs chuter peu à peu jusqu’aux années 2000. Depuis l’année 2003 la tendance est tout autre, nous le constaterons plus tard.
    Au regard de cette genèse, un facteur fondamental émerge quant à la survie de cet oiseau primitif : son biotope. Toute atteinte, détérioration ou mutilation de ces veilles futaies entraînent inexorablement une baisse des populations de coqs. Pourquoi ? Tout simplement parce que contrairement à d’autres espèces capables de s’adapter à certaines transformations de leur habitat, ce tétras possède des exigences écologiques très élevées, la « zone de tolérance » entre une population saine et déficiente est extrêmement réduite. Il existe pléthore d’exemples, un des plus marquants est l’exemple de la forêt finlandaise. À une époque récente des coupes de bois dans le centre ouest du pays ont produit quelques années plus tard une forêt trop homogène avec une structure sylvestre fermée et uniforme : en vingt ans les populations de coq ont chuté de manière significative (Lien 1, p.2). Cette situation la plupart des massifs pyrénéens l’ont connu à un moment ou à un autre de leur histoire, et ces atteintes sont encore aujourd’hui fréquentes. Il suffit pour s’en convaincre d’observer la quantité de pistes créées encore chaque année en montagne.
    Quand ces associations écologistes, qui au demeurant sont nécessaires et indispensables dans une société moderne – l’affaire de l’extension de la station de Mijanès le prouve (Lien 2) -  se focalisent exagérément sur le monde de la chasse, un des derniers bastions de notre culture pyrénéenne, elles se détournent (volontairement ou involontairement) des véritables raisons de la chute des populations d’urogalles. On est en droit de s’opposer à tout acte de chasse par conviction personnelle, pour raisons philosophiques, même par ignorance. Mais chaque citoyen de ce monde est issu de la terre,  chaque histoire individuelle possède des origines communes : la chasse, la pêche et la cueillette ont façonné l’humanité et les milieux, nier ce constat, c’est nier son Histoire. Un chasseur est un écologiste par essence. L’art cynégétique n’est pas antinomique à l’écologie, bien au contraire il est complémentaire au plus haut point pour la raison évoquée précédemment. L’environnement actuel est le fruit du travail de l’homme et bien des espèces dépendent de ses diverses interventions pour assurer leur survie ou leur équilibre. Un exemple concret ? Dans le parc national des Pyrénées, créé en 1967, la chasse est prohibée depuis cette date et les populations de grand tétras sont loin d’être prospères, voire en évolution désavantageuse au regard de certaines « populations hors parc »… (Lien 3)
    Dans une annonce de France Nature Environnement (FNE) du 7 Mars 2013 des chiffres forts sont annoncés : « Le Grand Tétras et le Lagopède alpin sont des galliformes montagnards en très forte régression dans les Pyrénées françaises : 75% des effectifs du Grand Tétras ont disparu depuis 1960 ( ) et ceux du Lagopède alpin ont connu une diminution de 60 % en 12 ans dans le massif des Trois Seigneurs, et de 14 % en 5 ans dans le Vicdessos » (Lien 4) . (Avant de poursuivre, pour le lagopède alpin, une espèce extrêmement difficile à suivre au vu de son domaine vital alpestre, les tendances démographiques sur la chaîne pyrénéenne ont été revues par l'ONCFS, un document à consulter très intéressant, et objectif... (Lien annexe)). Pour le grand public ces chiffres marquent les esprits, ces estimations catastrophiques conduiraient notre oiseau noir dans les 20 ans à venir vers une disparition certaine. Mais quelles sont les réalités ? FNE se base sur les années 1960, le pic d’abondance donc du tétras au XXème siècle en Pyrénées. Une estimation scientifique existe de la population de tétras adultes de cette époque (Catusse et al. , 1991, Annexe 1), repris par Ménoni en 1991 dans « Écologie et dynamique des populations du grand tétras dans les Pyrénées » : « cela permit d’estimer par défaut à environ 10 000, l’effectif de tétras adultes dans les Pyrénées ». En 2004 une « Évaluation transfrontalière de la population de grand tétras dans les Pyrénées » a été réalisée et l’estimation suivante fut annoncée : 4000 à 6000 adultes. Pour FNE il ne resterait aujourd’hui plus que 2500 oiseaux sur les massifs Pyrénéen (75% de 10000)… Cette information biaisée a été reprise plus de cent fois au moins, mot pour mot, sur internet; il suffit de créer un "copier-coller" sur un moteur de recherche quelconque pour le constater. Les mots ont un sens et les estimations des suivis scientifiques doivent être annoncées dans leur réalité, sans omettre aucun facteur déterminant pour la compréhension des lecteurs. Le propos ici, vous l’aurez compris, n’est pas d’éluder la situation démographique de l’oiseau, les différents renvois aux documents permettent d’accréditer les arguments, de donner du sens.
    Dans le même état d’esprit un amalgame fâcheux régulièrement commis par certains est celui d’associer maladroitement chasseurs et braconniers. Plusieurs articles de presses, écrites ou numériques, reprennent ces propos insultants pour 1 300 000 chasseurs qui, pour la grande majorité, œuvrent pour améliorer la qualité de leur territoire. Quand, dans le même texte, FNE annonce : « …ces deux espèces sont toujours chassées dans les Pyrénées françaises, et sont par ailleurs également victimes d’un braconnage persistant », cela constitue une association mal venue quand on connaît l’investissement des chasseurs dans l’aménagement des territoires à galliformes. Pour terminer sur ces maladresses, et sans nier l’existence d’un braconnage sur cette espèce, il s’avère que les cas de tels actes sont rares - les procès-verbaux portant sur ces faits en attestent. Pour finaliser ce sujet, ajoutons que tous les détenteurs d’un permis de conduire ne sont pas des chauffards, loin s’en faut, cela concerne une infime partie des conducteurs…  
     Mais revenons à l’évolution démographique de l’espèce, quelles sont les tendances depuis les années 2000 ? Après trente années de baisse, l’année 2003 connut une bonne reproduction qui infléchit positivement la densité de coqs sur bien des territoires pyrénéens comme le mentionne E. Ménoni dans « Stratégie Nationale en faveur du grand tétras, 2012-2021 » (Lien 5, p.18) : « Depuis la bonne reproduction de 2003, une tendance à la remontée des effectifs serait notée, notamment sur les marges Est et Ouest. Le pays Basque ferait même l’objet de prémices d’une recolonisation par le grand tétras ». Toujours selon ce document ministériel les massifs des Vosges et du Jura ont ces mêmes tendances positives, le Massif Central avec une population réintroduite en 1978 connaît aussi une belle dynamique, une analogie à noter. Depuis 2009, comme l’article le mentionne, l’évolution est à la stabilité et il semble que les mesures de gestion, tant sur le plan cynégétique que de l’amélioration des biotopes, portent leurs fruits. Pourquoi évacuer ces constatations, une bonne santé relative nuirait-elle à certaines entreprises ?
    De leur côté les chasseurs, représentés le plus souvent par les fédérations de chasse, agissent sur le terrain, au plus près des problèmes. Quand les associations écologistes attaquent à grand frais chaque année la chasse aux coqs (souvent subventionnée par l’état), les chasseurs, eux, travaillent à l’aménagement de leurs territoires, pour le grand tétras. Bien d’autres espèces profitent de cet investissement : la chouette de Tengmalm, le pic noir, le bec croisé des sapins… Les interventions subventionnées par le monde de la chasse sont nombreuses, le programme Gallipyr par exemple, harmonisant les méthodes de suivis et de gestion des trois espèces de galliformes de montagne, est l’un des plus important. Les chasseurs ariègeois de leurs coté ne sont pas en reste avec de nombreux travaux d’aménagement sur plusieurs territoires notamment sur la commune de Mercus (Lien 6) , en collaboration avec l’Office National des Forêt. Ce secteur a bénéficié de réouverture de milieu favorable à l’installation du tétras. Mais pour en revenir à la chasse, quelle est la quantité d’oiseaux réellement tués et quelles sont les hypothétiques conséquences sur les populations? Selon Ménoni, dans une publication de l’ONCFS (Lien 7, p.6) «À l´échelle des Pyrénées françaises, les prélèvements légalement réalisés et déclarés au cours des saisons de chasse 2005 à 2009 ont varié de 18 à 40 coqs par an, ce qui, compte tenu des indices de reproduction enregistrés par l´O.G.M. au cours de ces mêmes années, représente moins de 2% du nombre de coqs (jeunes + adultes) présents à l´ouverture de la chasse. Cette proportion se situe au-dessous du prélèvement biologiquement admissible pour le maintien des populations, au moins les années de bonne reproduction».  Une autre réalité (Ménoni et Novoa, « Caractéristiques de deux populations chassées de grand tétras dans les Pyrénées française») est que 2/3 des prélèvements se font sur des jeunes de l’année. Quand on observe la biologie de l’oiseau on constate que la survie de ces juvéniles entre la mi-août et le mois de mai est de l’ordre de 35%. Par conséquent 65 % de ces jeunes n’atteindront pas le printemps suivant, sans parler de mortalité compensatoire, puisque non avérée, c’est un point que l’on doit prendre en compte. On l’observe bien : une chasse raisonnée comme elle est organisée aujourd’hui, en tenant compte du rythme biologique et démographique annuel des espèces gibiers, ne peut nuire à leur population (précisons tout de même qu’à une époque ce ne fut pas le cas, avant les 1980 la chasse était peu encadrée et les prélèvements sur certains secteurs sûrement excessifs). 
     Le monde cynégétique est un acteur incontournable de la gestion du grand tétras, ses moyens humains composés de professionnels, son expertise reconnue et ses milliers de chasseurs bénévoles sont des atouts indispensables. Pour développer les populations de coqs il est nécessaire d’agir sur les biotopes, nous l’avons exprimé ici maintes fois, c’est une condition fondamentale. Quand on mesure les budgets (souvent des subventions publiques) que certaines associations engagent dans ce combat juridique avec les chasseurs, on peut légitimement se poser une question : une réouverture de milieu a un coût à l’hectare de 1500 à 6000 euros (Chiffres SEA et ONF), combien de territoires pourraient être traités si ces crédits étaient dédiés exclusivement à ce projet ? Certains analyserons ces propos comme démagogiques, peut-être provocants, mais ils ont au moins le mérite d’être pragmatiques. 
    La diversité biologique est en perpétuel devenir, le coq de bruyère n’échappe pas à cette règle immuable. Le taxon aquitinacus présent dans le massif pyrénéen, a évolué avec les humains depuis plus de 7000 ans et aujourd’hui, comme il y a deux cents ans, son destin est entre nos mains. Isoler les milieux favorables de toute présence humaine - en somme créer des parcs dont nous ne pourrions ressentir ni les parfums sauvages de myrtilliers, ni l’émerveillement à la vue d’un éterlou, ni les émotions d’un envol furtif d’un coq -  serait certainement contre-productif et, il faut l’avouer, peu enchantant. Le grand tétras porte aujourd’hui un lourd fardeau, celui d’un monde qui se déchire. D’un côté une partie de la société qui s’est éloignée progressivement des réalités écologiques, qui voit la nature comme un wilderness originel qui n’existe plus depuis bien longtemps. De l’autre des hommes de la terre, attachés à leur territoire et désirant le « vivre » profondément. Dans nos sociétés dites « modernes », porter un fusil, une canne à pêche ou un arc n’a de valeur morale que pour les individus n’ayant pas oublié leur histoire…naturelle. Cependant l’écologie n’est ni l’apanage des chasseurs, ni des environnementalistes, elle doit concerner tous les citoyens de ce monde. Que pouvons-nous espérer alors pour l’avenir ? Qu’une empathie se crée entre ces deux mondes et qu’un courant fédérateur permette une mutualisation de moyens ? La biodiversité en montagne aurait alors des alliés de choix…

Lagopèdes alpins dans les Pyrénées. Combien sont-ils?
Le grand tétras dans les Pyrénées. Réalités de terrain.
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